Les jardins au temps des ducs de lorraine

La naissance des jardins sous Léopold

Dès ses premiers séjours au château de Lunéville en 1698, le duc Léopold souhaite embellir le modeste jardin existant pour en faire un lieu où règne l’art des jardins dit "à la française" où les formes symétriques et l’ordre sont de rigueur. Il fait donc aménager des parterres, des cascades et des bassins ornés de statues. La duchesse demande également la création d’un petit potager au sud du château, face à la ville et proche de ses petits appartements.

C’est au cours des années 1710 que le « parc des bosquets », comme on l’appelle déjà, va s’agrandir et prendre les dimensions qui sont restées les siennes. À l’est, la perspective s’étend sur plusieurs centaines de mètres avec ses parterres géométriques et ses pièces d’eau. Yves des Hours, qui dirige les travaux, fait planter des cabinets de verdure dans les espaces latéraux et des petits parterres de fleurs réservés à la duchesse. Au nord, le cours de la rivière est progressivement régularisé pour former un canal, sur lequel la famille ducale se promène en barque. Nicolas Renard, Jean Vallier, Barthélemy Guibal, sculpteurs au service de Léopold, réalisent des statues pour agrémenter les parterres. Elles représentent des dieux antiques ou des allégories, comme les Saisons. Les jardins servent pour les divertissements du duc et de la cour, de la simple promenade aux fêtes de nuit avec feux d’artifice et musique.

 

Stanislas et le goût de l'exotisme

Tout comme Léopold, Stanislas est un amoureux de la nature. Il a à cœur de continuer à embellir les jardins. Le nouveau duc de Lorraine est très sensible à toutes les nouveautés de son temps. C’est ainsi que vont sortir de terre différentes constructions dans le goût exotique. Avec son architecte Héré, Stanislas imagine un kiosque d’inspiration turque et un second pavillon, appelé "Le Trèfle" en raison de son plan, conçu dans l’esprit des pagodes chinoises. Le long du canal, Stanislas fait bâtir "les Chartreuses", petites maisons faussement campagnardes, où les courtisans les plus appréciés peuvent tenir salon et cultiver leur propre potager. 

De toutes ces constructions, celle qui va marquer le plus est sans nul doute "le Rocher". Tout autour du canal est créé un monde féerique où s’animent 88 automates d’un réalisme saisissant. Du berger au forgeron, tout un village prend vie devant les yeux médusés du duc, de sa cour et des voyageurs, venus parfois de très loin pour apprécier cette gigantesque attraction, la merveille de Lunéville. À la mort du duc Stanislas en 1766, le roi de France Louis XV ordonne la destruction de toutes ces fantaisies, d’un entretien beaucoup trop coûteux. Plusieurs documents gardent cependant le souvenir de ces créations hors du commun.

 

Au lendemain de la mort de Stanislas

À la mort de Stanislas, Louis XV, à qui revient la Lorraine, ne désire pas profiter du château ni de ses avantages. Dès lors, il décide de détruire quasiment toutes les constructions qui avaient vues le jour sous Stanislas, telles que le kiosque et le pavillon de la cascade. Il vend les statues du parc (d’une trentaine il n’en reste que 6 actuellement), les groupes sculptés présents dans les fontaines et les meubles qui décoraient les diverses constructions des jardins. Certaines statues se retrouvent donc dans d’autres jardins princiers comme celui de l’ancienne résidence d’été du prince électeur palatin Carl Théodor à Schwetzingen en Allemagne. D'autres constructions, telles que le Trèfle ou encore les Chartreuses, épargnées après la mort de Stanislas vont également disparaître par manque d’entretien.

Coupe du Kiosque, planche extraite du Recueil d'Emmanuel Héré (1752) © musée du château de Lunéville
Coupe du Kiosque, planche extraite du Recueil d'Emmanuel Héré (1752) © musée du château de Lunéville
Coupe du Trèfle, détail d'une planche d'Emmanuel Héré © musée du château de Lunéville
Coupe du Trèfle, détail d'une planche d'Emmanuel Héré © musée du château de Lunéville
Automates du Rocher, détail d'une planche d'Emmanuel Héré © musée du château de Lunéville
Automates du Rocher, détail d'une planche d'Emmanuel Héré © musée du château de Lunéville
Plan des jardins de Lunéville en 1767 © musée du château de Lunéville
Plan des jardins de Lunéville en 1767 © musée du château de Lunéville